QUID du bilan psychologique de l’enfant, aujourd’hui.

 D’une rencontre…

« La maîtresse a dit que je ne comprenais pas les choses à l’endroit », ou « je fais trop de bêtises », etc., sont autant de précieuses clés que l’enfant nous donne lorsque nous lui demandons s’il sait pourquoi il vient nous voir.

Les demandes d’évaluation psychologique arrivent précipitamment et, particulièrement à notre époque, accompagnées d’une injonction de maîtrise et de contrôle. Or, les symptômes d’un enfant ou d’un adolescent, les divers conflits familiaux, requièrent patience et souplesse, tant en raison du caractère subjectif des contenus qu’en raison de leur potentialité évolutive.

Bien souvent, la demande se confond avec le diagnostic, les signes avec les symptômes. Le diagnostic psychologique n’est pas le cœur de la demande, et la demande ne peut se réduire à l’identification d’un symptôme. La clinique infantile s’appuie sur un pivot tout à fait particulier : l’enfant est aux prises d’une demande qui le concerne, mais qui au départ est portée par d’autres. C’est ainsi un prisme où se déploient, sous nos yeux, la réalité des parents, la réalité socio-éducative dans lesquelles s’inscrit l’enfant, et souvent bien après, la partition singulière sur laquelle lui-même improvise.

Mettre du sens sur le vécu psychique, émotionnel, corporel et cognitif de l’enfant est la première traduction que nous pouvons faire d’une demande de bilan. Partir d’un test (échelles de WISC…etc.) peut être une façon de proposer de nouvelles coordonnées de travail à l’ensemble des personnes entourant l’enfant.

Actuellement, les études, quelles que soient leurs affiliations théoriques, se veulent embrasser une lecture des processus psychologiques sur les plans neurodéveloppementaux, cognitifs et psychoaffectifs. Les résultats sont repris à la fois par les familles pour appréhender différemment les comportements de leur enfant et par les différents professionnels qui l’entourent. Or, cette démarche de mise en lien, pour constituer un éclairage de la situation de l’enfant, et non un étouffoir pour son symptôme, doit pouvoir dépasser la seule considération d’un « dysfonctionnement ». C’est en allant au-delà d’une logique « rééducative » que nous pouvons entendre son vécu, le réfléchir avec lui, et s’initier à des cheminements jusque-là restés dans l’ombre. Car après tout, comme le soulignait M. MANNONI : « Une éducation est réussie le jour où l’adolescent peut dire à ses parents et à ses maîtres : vous vous êtes trompés, votre univers, nous, on n’en veut pas ».

Le symptôme, « une juste protestation de l’esprit [1] »

Depuis la découverte freudienne de l’Inconscient, nous gardons à l’esprit que tout symptôme psychologique chez l’enfant est une potentialité, c’est-à-dire un « pouvoir » et un « savoir » qui donnent accès à la façon dont il s’inscrit au monde. Prendre place dans le langage ne peut tout entier se réduire à un décodage mécanique. Il peut en revanche être considéré comme une élaboration symbolique à laquelle le psychologue peut être invité.

Les travaux de D-W Winnicott introduisant le jeu et l’expérience créative comme fondamentaux à l’analyse d’enfants, mais aussi ceux de F.Tustin ouvrant à la lecture des dimensions sensorielles et de rythmicité interne nous semblent constituer des piliers incontournables du bilan psychologique de l’enfant.

Notre positionnement 

Nous considérons que les processus créateurs, le jeu, les objets transitionnels, tout comme le rêve, étayent un continuum espace-temps au fil de l’expérience et les liens entre l’enfant et le monde. L’accès à la réalité interne chez l’enfant ne peut se contenter de protocoles de mesures s’ils n’entrent pas en partage avec lui au travers du jeu.

La singularité du Sujet est le seul trait d’union dans le dialogue pluridisciplinaire, afin que les explorations se poursuivent sans occulter l’hétérogénéité des enfants que nous rencontrons.

En dehors d’une simple méthodologie opératoire, l’éthique au cœur des propositions de NUNA conjugue les processus d’investigation de contenus conscients et inconscients dans une pensée ouverte sur les potentialités émanant de chaque rencontre. En intégrant les domaines de la recherche à la pratique clinique, notre approche du bilan psychologique tire tout le bénéfice de la précocité des interventions et des préventions. Les différents stades de la vie psychique, depuis les expériences proto-mentales intra-utérines au développement précoce de l’enfant, sont accueillis dans leur intégralité. Ainsi, les choix thérapeutiques spécifiques à chaque enfant cheminent avec la demande et découlent du respect du symptôme et de la temporalité psychique.

Nous appréhendons le bilan psychologique de l’enfant à partir des principes de la clinique du non-su et de la clinique hors les murs : les médiations, par la valorisation des potentialités créatrices de chaque enfant et de chaque famille, ouvrent des champs d’expériences à nos yeux tout aussi important que d’autres données objectives qui, prises seules, ne participent qu’à une juxtaposition des savoirs dans une surdétermination normative.

Les expériences migratoires et la pluralité des référentiels culturels sont trop souvent encore négligées dans les bilans psychologiques. Nous veillons, tant par notre formation que par nos espaces communs d’analyse de pratiques, à l’accueil de la dynamique inter-culturelle, au-delà des écueils normatifs.

Nous développons ainsi le travail du clinicien dans les pas de ce que J. Mc Dougall nous a transmis, à savoir « ouvrir le champ aux patients à d’autres créations que les constructions pathologiques, symptomatiques et autres… ».

Nadia ESSAADI

 

Pour aller plus loin

AULAGNIER P., 1986, Un interprète en quête de sens, Éditions Ramsay.

MANNONI M., 1967, L ‘enfant, sa « maladie » et les autres. Le symptôme et la parole. Éditions du Seuil.

MANNONI M., 1973, (co-auteurs : BENHAÏM S., LEFORT R.), Éducation impossible, Éditions du Seuil.

MCDOUGALL J., 1989, Théâtres du corps, le psychosoma en psychanalyse, Folio Essais, 2003.

TUSTIN F., 1992, Autisme et protection, Seuil.

WINNICOTT D-W., 1975, Jeu et réalité, Gallimard, 2005.

[1] BONNAFE L.

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